655 millions pour l’IA souveraine : ce qui compte pour une PME
Équipe Merlya · mis à jour le 25 septembre 2026
En bref : les 655 millions d’euros pour la « souveraineté numérique » ont été annoncés le 16 juin 2026, ce n’est pas une nouvelle fraîche. Face aux dépenses des géants américains, la somme pèse peu, et les mesures vraiment souveraines de cette annonce coûtent une fraction du montant. Pour une PME, la souveraineté ne se mesure pas en millions : elle tient à une question simple, qui peut légalement réclamer vos données.
D’où vient ce chiffre
Le titre revient régulièrement : « IA : la France débloque 655 millions d’euros pour accélérer sa souveraineté numérique ». L’annonce date du 16 juin 2026. Elle a été faite par Sébastien Lecornu dans une vidéo publiée sur ses réseaux, la veille de l’ouverture du salon VivaTech. Il s’agit de 655 millions d’euros supplémentaires via le plan France 2030, répartis entre les infrastructures technologiques, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises innovantes et les filières industrielles stratégiques (source : Public Sénat).
Trois mois plus tard, c’est toujours le chiffre de référence qu’on ressort. Il mérite donc qu’on le regarde de près.
Ce que pèsent 655 millions
Selon les chiffres relayés par CoinAcademy, les quatre géants américains prévoient 725 milliards de dollars d’investissements dans l’IA sur la seule année 2026, contre 410 milliards en 2025.
| Entreprise | Investissements IA prévus en 2026 |
|---|---|
| Amazon | 200 milliards de dollars |
| 185 milliards de dollars | |
| Meta | jusqu’à 135 milliards de dollars |
| Microsoft | 110 milliards de dollars |
Ramenés à ce rythme, les 655 millions d’euros de l’annonce française représentent moins d’une journée de dépenses de ces quatre entreprises. La souveraineté ne s’achète pas au poids : sur le terrain du montant, la comparaison ne tient pas.
Ce qui est vraiment souverain dans l’annonce
Deux mesures passées presque inaperçues disent davantage que le montant global (source : Public Sénat).
- Un assistant conversationnel pour les agents publics, construit sur les modèles de l’entreprise française Mistral. Destiné à environ un million d’agents, il coûtera 700 000 euros en déploiement complet, après un pilote auprès de 10 000 agents. Soit environ 0,70 euro par agent, et un millième de l’enveloppe annoncée.
- La DGSI remplace un logiciel américain, Palantir, par un logiciel français, ChapsVision.
Le vrai signal n’est pas ce qu’on dépense, c’est ce qu’on débranche. Les deux décisions réellement souveraines coûtent une fraction du montant qui fait les titres.
La question qui compte : qui peut réclamer vos données
Vos devis, vos plans, votre fichier clients tournent chez quelqu’un. La question utile n’est pas combien l’État investit, c’est qui peut légalement se faire remettre ces données.
Le CLOUD Act, une loi américaine de 2018, oblige une entreprise américaine à remettre à la justice américaine les données qu’elle contrôle, même si les serveurs sont situés en Europe. Ce n’est donc pas la géographie qui compte, c’est la nationalité du fournisseur. Le RGPD ne protège pas contre ce mécanisme : les deux régimes coexistent, et c’est le fournisseur qui se retrouve pris entre les deux.
Ce que ça change pour une PME du Grand Est
Une PME industrielle ou de négoce n’a pas besoin d’un plan à plusieurs centaines de millions pour avancer sur sa souveraineté. Elle a besoin de savoir où sont ses données et sous quel droit. Voici une méthode simple.
- Lister les outils qui contiennent des données sensibles : messagerie, logiciel de gestion, stockage de fichiers, outils d’IA utilisés par les équipes, y compris ceux adoptés sans validation.
- Pour chacun, noter deux informations : où les données sont hébergées, et la nationalité de l’entreprise qui les contrôle. Un serveur en Europe exploité par une société soumise au droit américain reste concerné par le CLOUD Act.
- Classer vos données : ce qui peut circuler sans enjeu, et ce qui relève du secret des affaires ou des engagements de confidentialité envers vos donneurs d’ordre (prix, plans, cahiers des charges).
- Déplacer d’abord ce qui compte le plus. Inutile de tout migrer. Comme dans l’annonce de juin, ce sont souvent les décisions ciblées et peu coûteuses qui changent vraiment la situation.
Posez la question à chacun de vos fournisseurs, nous compris : où sont hébergées mes données, et qui peut légalement vous obliger à les remettre ? Une réponse floue est déjà une information.
Comment Merlya s’inscrit dans cette logique
Les outils que nous mettons en place tournent chez un hébergeur situé dans l’Union européenne, avec des modèles qui ne conservent rien et n’utilisent jamais vos données pour s’entraîner. Rien ne passe par un compte ChatGPT gratuit. Pour encadrer les usages déjà présents chez vos salariés, voir Encadrer ChatGPT dans votre entreprise et le guide Peut-on mettre les données de l’entreprise dans ChatGPT ?
En conclusion
Les 655 millions d’euros font un bon titre, mais ce n’est ni une nouvelle récente, ni la mesure de la souveraineté. Ce qui compte, pour l’État comme pour une PME, c’est ce qu’on choisit de débrancher et chez qui on confie ses données. Si vous voulez faire le point sur vos propres outils, contactez-nous.